Après le Horla, Maupassant (et sa classe de 2°) ont repris la plume

Après le Horla, Maupassant (et sa classe de 2°) ont repris la plume

Le trafic de drogue est aujourd’hui, pour beaucoup de monde, un sujet d’actualité. Cette ressource économique fait aussi l’objet de nombreux débats. C’est pour cette raison que nous, Islem et Ylona, avons décidé d’aller à la rencontre de diverses personnes de Colombes pour évoquer ce sujet. Ils sont vendeurs, consommateurs, non-consommateurs ou ex-vendeurs. Tous ont répondu honnêtement à nos questions. C’est peut-être dû au fait que nous les connaissons tous. Tous les prénoms ont été modifiés

1.Le trafic de drogue du point de vue de trois consommateurs, Iliyes, Olivia et Mamad.

Quelle drogue consommez-vous ?
Iliyes : Lean et codéine
Olivia : Shit (haschich) et beuh (cannabis)
Mamad :Shit, popers, champignons hallucinogènes et parfois du datura et du khat.

Quel âge avez vous et à quel âge avez-vous commencé à consommer de la drogue ?
Iliyes : J’ai 17 ans et j’ai commencé à 16 ans
Olivia : J’ai 16 ans et j’ai commencé à 15 ans
Mamad : J’ai 26 ans et j’ai commencé vers 18 ans

Quels sont ces effets sur vous ? Que ressentez-vous quand vous consommez ?
Iliyes : Envie de dormir, je suis défoncé et y’a des effets secondaires, gros coups de fatigue d’un coup, coup sur le moral…
Olivia : Détendue, relâchée, euphorique mais ça peut-être contradictoire, c’est plus un paradoxe sur moi, ça peut me faire du bien ou l’inverse.
Mamad : Bah ça dépend de la drogue consommée, le shit ça me détend, le poppers ça me fait avoir une sensation de chaleur intense, sans mentir ça peut même donner des envies et je me sens excité aussi. Les champignons hallucinogènes, ça provoque des hallucinations visuelles, auditives et tactiles. Et le datura et le khat, ça provoque plein d’effets.

Quelles drogues voudriez-vous essayer un jour ?
Iliyes : Rien, aucune.
Olivia : En vérité, jamais la drogue dure donc aucune à part la beuh et le shit.
Mamad : Aucune, j’en consomme déjà pas mal (mdr).

Comptez-vous arrêter ?
Iliyes : Oui, bien sûr
Olivia : Oui, quand j’aurai un travail, une vie posée. Quand j’aurai construit ma vie, j’arrêterai.
Mamad : Oui, j’ai pas trop le choix je commence à vieillir si je continue comme ça je resterais pas longtemps dans ce monde

Sur une échelle de 1 à 10 où positionnez vous votre consommation actuelle ? (1 bas; 5 moyen; 10 considérable)
Iliyes : Vers 5, je dirais même 3-4
Olivia : Honnêtement, je dirais 4-5
Mamad : En moyenne entre 6 et 7, ça peut monter à 8 ou 9 en fonction de ce que je vis, de mes humeurs, de mes problèmes…

2. Le trafic de drogue du point de vue de deux vendeurs, Hassan et Farid (dit Fafa).

Que vendez-vous ?
Hassan : Haschich (shit), LSD, cannabis (beuh), ecstasy, champignons hallucinogènes
Farid : Un peu de tout ce qu’on peut trouver (n’a pas souhaité préciser)

Êtes-vous au courant de l’effet des drogues que vous vendez ?
Hassan : Je sais à peu près.
Farid : Bien sûr, tout bon vendeur doit tester les produits.

Quel âge avez vous et à quel âge avez-vous commencé à vendre ?
Hassan : J’ai 25 ans et j’ai commencé à vendre à 14 ans.
Farid : J’ai 26 ans et ça fait 10 ans que je vends.

Pourquoi avez-vous commencé ?
Hassan : Par besoin d’argent.
Farid : Après mes 16 ans je me suis fais virer de mon lycée, et vu que je me faisais chier et que je traînais beaucoup et bah je suis tombé dedans comme ça.

Comptez-vous arrêter ?
Hassan : J’aimerais bien m’arrêter mais j’ai des bouches à nourrir
Farid : J’aimerais m’arrêter mais c’est dur de s’arrêter après avoir touché beaucoup d’argent, on est un peu déconnecté de la réalité.

Sur une échelle de 1 à 10, comment vivez-vous cela ? Expliquez la note.
Hassan : 8 plutôt bien, car le bénéfice me permet de m’en sortir.
Farid : Je vis au jour le jour la vie n’est pas facile on fait ce qu’on peut pour s’en sortir, tant que je m’en sors, c’est l’essentiel.

Êtes-vous vous même consommateur ? Si, oui, que consommez-vous ?
Hassan : Oui, moi je consomme du cannabis plutôt
Farid : Oui, je consomme un peu de shit et de beuh

Où vous-voyez vous dans 10 ans ?
Hassan : En famille
Farid : Je ne sais pas où je me vois, comme je l’ai dit, je vis au jour le jour, peut-être mort, en prison, peut-être marié vivant paisiblement

3. Le trafic de drogue du point de vue de Coralie, un ex-vendeuse

Que vendiez-vous ?
Je vendais du shit (haschich) et de la beuh (cannabis). J’était aussi nourrice, ce qui consiste à garder la marchandise d’un vendeur chez soi.

Quel âge avez vous, à quel âge avez-vous commencé à vendre de la drogue et quand avez vous arrêté ?
J’ai 36 ans et j’ai commencé à vendre à 14 ans. Je l’ai fait pendant deux ans, jusqu’à mes 16 ans. J’ai arrêté quand j’ai quitté ma cité, les Mureaux.

C’était dû à vos fréquentations ? Regrettez-vous ? Et pourquoi ?
Oui c’était dû à mes fréquentations et non je ne regrette pas, parce que
j’étais jeune, remplie de thunes et libre de faire ce que je voulais. Ca m’a forgée.

Comment pensez-vous dissuader les jeunes pour qu’ils évitent de tomber dedans ?
En leur apprenant que ce n’est que de l’argent éphémère, que c’est dangereux et que ça peut détruire une vie.

4. Le trafic de drogue du point de vue de deux non-consommateurs, Django et Adrien

Avez-vous déjà consommé de la drogue ? Si oui, lesquelles ?
Django : Non
Adrien : Oui, cannabis (beuh) et shit (haschich) et de manière occasionnelle.

Pourquoi avez-vous arrêté ?
Adrien : Parce-que c’est mauvais pour la santé, j’ai arrêté du jour au lendemain vu que je n’étais pas accro, j’ai pû arrêter vite.

Avez-vous dans votre entourage des personnes qui en vendent ou en consomment ?
Django :Oui, effectivement dans mon entourage il y’en a.
Adrien : Non

Dans ce cas là, est-ce que ça vous dérange de les fréquenter ?
Django : Oui, car c’est réprimé par la loi mais malgré tout, ça reste des proches, et ça reste mes fréquentations.

Pensez-vous que la drogue devrait être légalisée ? Pourquoi ?
Django : Non, la drogue n’apporte rien de bon
Adrien : Le cannabis oui, car ça limiterait la criminalité et les gens pourraient, sans doute, fumer moins et consommer des produits de meilleure qualité.

Ylona et Islem, élèves de 2nde 4 au lycée Maupassant

«Ce qu’on fait, en fait, c’est du lien social, c’est de la convivialité, c’est ce qui manque dans la vie des personnes […]. C’est pas seulement qu’on donne à manger, on donne aussi de la chaleur humaine, c’est-à-dire offrir des fleurs ou faire un geste qui va être amical et qui considère la personne en tant que personne et pas seulement en tant qu’être humain qu’on nourrit. Finalement voilà, c’est un autre type d’accompagnement, c’est un autre type de bénévolat ». C’est avec franchise que Nina Ardoin, coordinatrice des Petits frères des pauvres à Colombes et Argenteuil nous dicte ces mots.

A quelques pas de la gare de Colombes, dans une petite rue, la devanture ne paye pas de mine. Installé en face d’une épicerie de quartier, le local des « petits frères des Pauvres » est ouvert ce vendredi après-midi, comme tous les après-midis d’ailleurs. Je pousse la porte, Marie-Roberte m’accueille le sourire aux lèvres.

On dit souvent qu’être vieux revient à être comme un enfant. Alors si l’on y ajoute des complications physiques et souvent mentales, pas facile de s’en sortir seul. C’est une des raisons pour laquelle Armand Marquiset, fonda en 1946 Les Petits frères des pauvres. Reconnue d’utilité publique, l’association accompagne des personnes, en priorité de plus de 50 ans, souffrant de solitude, de pauvreté, d’exclusion ou de maladies graves. Les Petits frères des pauvres leur procurent des aides financières, immobilières, alimentaires, matérielles, si nécessaire afin de les protéger. Des communications téléphoniques pour prendre de leurs nouvelles sont aussi mis en place.

Des signalements de situations d’isolement ou de précarité venus d’acteurs médico-sociaux, de l’entourage ou de la personne elle-même permettent à l’association de les prendre en charge afin de leur assurer de meilleures conditions de vie. C’est un service totalement gratuit rendu possible par les dons ; seulement 3% de leurs subventions proviennent des caisses de l’Etat. La majeure partie des membres de l’association sont des bénévoles : 42% de retraités, 30% de personnes en activité, 16% de personnes sans emplois et 12% d’étudiants, d’après le rapport annuel 2015 de l’association. Des visites, des sorties, des séjours de vacances d’une à deux semaines sont organisés et chaque dernier dimanche du mois, il y a des goûters au sein des locaux de l’association. « Tous les vendredis, j’appelle des P.A, les Personnes Accompagnées, pour avoir des nouvelles pour savoir si tout va bien […] en période de froid, pour savoir si elles n’ont pas trop froid, pareil en période de chaleur, surtout en été pour savoir si elles n’ont pas trop chaud. On leur conseille de boire beaucoup », témoigne Marie – Roberte, bénévole.

Être pauvre, ce n’est pas seulement manquer d’aisance matérielle. On peut être fortuné et être pauvre. La pauvreté humaine, c’est le manque d’humanité dans une vie, le manque de ressources affectueuses autour de soi.

Angèle

Depuis 4 ans je prends le même bus 378 à l’arrêt de Europe juste en bas de chez moi. Odeurs de transpiration, peu de place, embrouilles, personnes qui collent et encore tellement d’autres galères dans ce bus au quotidien :

Lundi : Je sors de chez moi à 7h40, je me rends à l’arrêt, il y a au moins une dizaine de personnes, cela nous donne un aperçu de l’intérieur du bus. Ça fait maintenant 10 minutes que j’attends et il n’est toujours pas arrivé. Il est déjà 7h55, je vois le bus au loin, mais je serai en retard quand même. Je monte dans le bus et là l’odeur est déjà insupportable.

Mardi : Fin des cours et encore le bus à prendre, je suis épuisée je n’ai qu’une seule envie c’est de rentrer chez moi le plus rapidement possible.

Mercredi : Aujourd’hui je suis contente, je n’ai cours que la matinée donc à 12h10 je sors et je reprends le bus, je m’assoie et là un homme me fixe et vient s’assoir à côté de moi. Tout d’un coup il me dit « Ticket de transport mademoiselle, s’il vous plaît », mais je n’avais pas de ticket de transport. Heureusement je lui avais donné une autre identité pour ne pas avoir d’amende.

Jeudi : Je trouve que cette journée est parfaite, je ne suis pas arrivée en retard en cours, le bus était à l’heure et il n’y avait pas beaucoup de monde donc plus de place pour mes amis et moi.

Vendredi : Aujourd’hui a été la pire journée de la semaine, le chauffeur s’est embrouillé avec un homme, car il était monté dans le bus avec son gros chien. Tout le monde avait peur, il l’a donc fait sortir du bus et moi j’ai dû marcher jusqu’au lycée parce qu’il avait pris trop de temps à le faire descendre. Résultat des courses je suis arrivée avec 15 minutes de retard.

Samedi : Aujourd’hui je suis sortie avec mon ami pour aller devant NRJ. Arrivés à Saint-Cloud, donc à la moitié du chemin, nous voyons par la fenêtre les contrôleurs et la RATP sûreté. Panique à bord ! Je n’avais pas de ticket de transport et mon ami non plus. Un des contrôleurs a dit à son collègue « Faites descendre ce petit bonhomme du bus » en parlant de mon ami. Quand j’ai entendu ça, j’ai interpelé le contrôleur en lui disant que j’étais avec lui donc il a dit « Oh oui ! Faites descendre cette petite dame aussi ». Ce qui nous a fait rire après notre contrôle d’identité. Au final le contrôleur a été gentil avec moi, car je n’ai pas eu d’amende, mais mon ami en a eu une alors que nous n’étions pas en règle tous les deux.

Dimanche : Globalement c’est la journée la plus calme de la semaine, car il ne s’est rien passé. Et finalement avec mon habitude de prendre le bus j’ai trouvé cette journée ennuyante, car habituellement il y’a toujours de l’action dans le bus.

Zayneb – OumSalama

Nous avons 15 et 16 ans. Il y’a 5 ans nous avons arrêté le sport. Et là, grosse remise en question. Le karaté, la gym, la danse… sont loin derrière nous et on commence à prendre du poids, on aimerait en perdre un peu…Mais nous voulons aussi en faire, parce qu’on est jeunes, que c’est important pour la santé. Mais toute la difficulté est de trouver un sport dans lequel on peut se défouler après des longues journées d’école, qui n’est pas notre point fort d’ailleurs. Mais un autre argument s’est imposé pour nous, celui d’apprendre à se défendre, parce qu’on est jamais trop prudentes surtout dans notre ville où les garçons n’y vont pas de main morte. Que ce soit dans le bus ou autre part, ils osent tout, ils nous parlent mal, nous touchent le bras, ne sont pas très respectueux surtout quand on est toute seule.

Enfin nous voulons pratiquer un sport entre filles, parce que nous sommes très pudiques. Quand nous étions petites, nous n’y faisions pas attention, mais en grandissant, en devenant des femmes, nous sommes mal à l’aise devant les garçons, nous n’aimons pas être regardées par les autres. Puis nous avons fini par trouver une salle de boxe qui correspondait à nos recherches du côté de Nanterre, en plus c’est à côté de chez nous…

Janna et Myriam

​​​Nous sommes allées rendre visite au foyer pour les jeunes travailleurs situé dans le bas de la rue Colbert, dans le Petit Colombes, près du Centre social et culturel. Le CSC est un endroit moderne, rénové il y a peu de temps, ce qui n’est pas le cas du foyer Adoma, l’immeuble est vieux et triste. Il vit ses dernières heures, un nouveau bâtiment est en construction au pied de l’ancien.
Nous avons rencontré Annie, la présidente d’une des associations qui est présente dans les locaux du foyer Adoma. Bénévole de 16 ans, elle a bien voulu répondre à nos questions.
Plus de 300 résidents habitent au foyer Colbert, certains sont arrivés récemment mais beaucoup résident là depuis plusieurs années. Le montant des loyers, en meublé (moins de 10m²), varie entre 278 € à 590 € par mois, en fonction des revenus. Les services proposés par l’association dans laquelle oeuvre Annie sont l’accompagnement social et professionnel, la maintenance des appartements, un service de vêtements et fournitures, mais aussi des services de ménage, parking, etc… Le profil des résidents est variable, mais il s’agit souvent de personnes venant de pays en guerre, dans des situations critiques, dans le besoin, seul ou ayant perdu leur travail.

Vous plaisez-vous en tant que bénévole ?
Oui sinon je ne le serais pas puisque ce n’est pas un travail forcé ni rémunéré.

Combien de bénévoles travaillent pour le foyer Adoma ?
Environ 20.

Quand est ce que les premiers migrants sont arrivés ?
En juin 2015.

Est-ce que les migrants viennent pour s’installer définitivement ou bien c’est temporaire ?
Ça dépend, mais la plupart viennent temporairement.

Si vous deviez changer ou apporter quelque chose en plus à ce système qu’est-ce que ce serait ?
Je dirais que ce serait une aide affective et positive, car au-delà de l’aide financière et sociale ils ont aussi besoin de positif.

Comment fait-on pour être bénévole ?
Ils peuvent à la fois être des usagers du Centre Social et Culturel (CSC), des habitants, des membres d’une association ou bien d’une administration.

Quand se fait la collecte de dons ?
Une fois par mois le premier samedi du mois.

Qui est chargé à la base de ce projet ?
À la base c’est le CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile) qui se charge au niveau municipal du projet.

Savez-vous si les migrants sont heureux au foyer ?
Oui ils le sont, évidemment c’est toujours mieux que là d’où ils viennent. Mais c’est quand même très restreint et certains sont là depuis le début à vivre dans de telles conditions. Ils habitent dans des touts petits appartements d’environ 7m3.

Travaillez-vous à plein temps ?
Je suis bénévole mais 10 personnes environ travaillent, à plein temps pour s’occuper du foyer en tant que salariées.

Comment parvenez-vous à vous faire comprendre avec les migrants qui ne parlent pas ou peu français ?
C’est toujours un petit peu difficile de s’entendre avec eux parfois, mais Amel, qui est arabophone traduit et s’occupe de faire le lien entre les migrants et les associations.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans vos fonctions ?
Le contact et le fait de venir en aide à ceux qui en ont besoin.

Julie et Cherifa

Depuis son ouverture la supérette Good Price, située aux Grèves de Colombes, attire beaucoup de clients fidèles grâce à ses petits prix et ses produits adaptés à la clientèle musulmane, mais aussi des ennemis. L’histoire remonte à août 2016 où le bailleur Colombes Habitat Public (présidé par la maire Nicole Goueta) accusait son locataire, la supérette Good Price, de ne pas remplir son contrat d’alimentation générale en ne vendant ni porc ni alcool. Après avoir délibéré, en décembre dernier, le tribunal d’instance de Nanterre a accordé au bailleur Colombes Habitat Public le droit de précipiter la résiliation du bail à l’encontre de Good Price qui était censé prendre fin en 2019. Cette situation a beaucoup fait parler d’elle et a incité les clients, les employés et le propriétaire a manifesté, en février dernier. Le gérant, Souleymane Yalcin, ne s’est pas contenté de se défendre uniquement sur le plan juridique, mais il a également lancé une pétition de soutien qui a été signée par 1000 personnes. La fermeture de ce magasin entraînerait la perte d’emploi pour 10 employés. Pour plusieurs commerçants cette affaire est révélatrice des tensions qui existent entre la mairie de Colombes (Nicole Gouetta ) et la communauté musulmane.

Oumama et Zalia

J’habite en résidence, dans un quartier où tout le monde se connaît. Anis* habite pas loin.
J’ai décidé de l’interroger, il est assez connu dans le milieu, il a son nom comme on dit, j’ai donc décidé de m’intéresser un peu à la vie d’un dealer.

Présente-toi un peu…
Moi c’est Anis je vis à Colombes avec mon père et ma mère, je ne vais plus à l’école.

Quand as tu commencé à vendre?
À 17 ans.

Pourquoi avoir commencé à cet âge ?
Manque d’argent et déscolarisation au lycée

Tu vends quoi ?
Du pilon et de la beuh

Comment en es tu arrivé là ?
On n’a pas les moyens et souvent il faut s’en sortir tout seul, la société elle ne nous fait pas avancer, on essaye d’avoir des sous comme on peut.

Tu crois que c’est la seule solution que tu avais ou tu pouvais faire autrement ?
Il y avait plusieurs solutions, mais pour moi c’était la plus facile, on essaye de s’en sortir comme on peut.

Est ce que tu as de bons et de mauvais client ?
Alors les bons clients c’est ceux qui viennent souvent et qui prennent pour 150-200 € de beuh et les mauvais c’est ceux qui viennent et qui payent pas tout de suite.

Quels sont les clients les plus fréquents ?
Les clients les plus fréquents ont entre 16 et 20 ans, plus 16 ans généralement ils finissent leurs journées à l’école et ils viennent prendre une 10 [pour 10e] ou le samedi soir.

D’où viennent les drogues ?
Le pilon du Maroc après la beuh je sais pas trop.

Combien de temps tu y passes au niveau de tes journées ?
C’est très simple dès midi je commence sur le rinté [terrain] et je pars du rinté à minuit.

Combien cela te rapporte à la semaine ?
Une bonne semaine, environ 1500 € et la mauvaise du 900 €.

Ta famille est au courant ?
Non.

Et tu arrives à le cacher, si ton père te grille il va te faire quoi ?
J’imagine pas ce qu’il va me faire et je ne préfère pas l’imaginer.

Des projets à long terme ?
Pour l’instant je sais pas, je fais ce que j’ai à faire, on verra par la suite.

Riad

Là, sur ce grand boulevard se trouve un renfoncement. Au premier abord, cela pourrait être tout et n’importe quoi : une porte d’immeuble, celle d’un restaurant en passant par un cabinet vétérinaire. Mais non. Derrière cette porte en métal vitrée se cache une salle de boxe. Deux vestiaires-douches sur les côtés, un pour les hommes et un pour les femmes, un sauna d’où pointe une légère odeur de transpiration… Un peu plus loin, au bout du long couloir assez effrayant de nuit, les rings de boxe. Deux pour être exact. Deux énormes cages où les boxeurs se livrent un combat à la fois dansant et bestial. Le plus grand, surélevé, est réservé aux combats officiels organisés par la salle (des matchs que l’on peut regarder du haut d’un balcon) et le deuxième plus petit est dédié à l’entraînement.
À droite du grand ring, un sol composé de dalles de mousse fait penser à un puzzle géant. Suspendus au plafond, 5 punching-balls et 5 encore de l’autre côté de l’arène. Une autre salle à côté est consacrée aux autres arts martiaux, judo et karaté. Les murs sont tapissés de tatamis et confère à l’endroit un aspect de salle d’isolement. Enfin ,une salle de musculation avec tout ce qu’il y a de plus simple et authentique (ce qui définit bien l’esprit de ce lieu): tapis de course, vélo et pléthore de machines à disposition des adhérents. J’ai d’ailleurs pu interroger un de ces derniers.

Depuis combien de temps pratiquez vous dans cette salle et quel sport pratiquez-vous?

Gaspard : C’est ma seconde année, mais il y en a qui pratiquent depuis leur plus jeune âge et qui sont aujourd’hui des compétiteurs. Pour ma part, je fais de la boxe française. Il y a aussi de la boxe thaïlandaise.

Quels sont les points forts de cette salle ?

Gaspard : Elle est très grande comparée à mon ancienne salle et il y a beaucoup de possibilités : la salle de musculation, les nombreux rings et zones où l’on peut se battre et surtout les entraîneurs qui sont très sympas et qui connaissent bien leur sport.

Et des points faibles ?

Gaspard : Il y en a très peu, mais si je devais en citer quelques-uns je dirais que la zone avec le sol en mousse n’est pas très spacieuse et sur le ring ou dans la salle en général il y a peu de luminosité naturelle ce qui est assez perturbant.

Cette salle est vraiment chaleureuse. Amateurs comme professionnels peuvent s’entraîner en harmonie sans se gêner et l’ambiance y est vraiment bonne.

Vedian