Dame Agnès, poétesse colombienne

Dame Agnès, poétesse colombienne

Qui n’a pas croisé Agnès dans une rue de Colombes, un jour ici un jour ailleurs, mais toujours : « ici et maintenant » ? Une personnalité d’exception cachée derrière un regard malicieux qui ne laisse pas indifférent. C’est au centre de Colombes qu’habite cette petite dame hors normes, au teint qui sent bon l’Océan Indien, une poétesse d’exception qui parle d’amour, de beauté, de bonheur, avec des mots simples ou riches, sans forfanterie. Agnès écrit comme elle est : unique, multiple, facétieuse, rieuse, réservée, curieuse de la vie, tournée vers l’autre. Elle, la poétesse aux rimes d’acier et de soleil. Elle qui vous remonte le moral même si elle est encore moins bien que vous.

Une énergie contagieuse

Quand elle se promène dans les rues de Colombes, Agnès fait penser à une elfe. Son chapeau toujours vissé sur la tête et une canne à la main pour soulager ce pied qui lui donne une démarche sautillante. Il suffit de la regarder pour voir que le tourbillon de sa vie reflète de grands bonheurs et des tristesses profondes, mais que sa détermination, sa foi, sa joie de vivre, son altruisme lui ont permis de soulever des montagnes et d’en atteindre les sommets. « Il ne faut rien attendre en retour mais donner et partager », affirme-t-elle. La dame ne se raconte pas, sauf à ses proches qui ont su, au fil du temps, gagner sa confiance et à qui elle a consenti à dévoiler de petits fragments de sa vie si riche et déjà si longue. Agnès sème ses diamants de philosophie et dégage une énergie puissante, jusque dans les conversations qui ne sont jamais ordinaires et où les mots partage, espoir, lumière, énergie, lâcher-prise, silence jaillissent toujours à un moment ou à un autre. En ajoutant en toute simplicité : « j’entends passer la vie » ou « la vie est un défi permanent » le tout murmuré, déclamé de sa voix chantante et enivrante. Une esthète à la foi inébranlable qu’elle vit comme elle respire.

Née à Madagascar, il y a quelques décennies, Agnès est arrivée en France deux ans après l’indépendance de son pays ; plus précisément le 18 novembre 1962, comme l’atteste son « certificat de passage de l’Equateur » établi dans l’avion. Agnès a élevé ses deux enfants et consacré, avec passion et amour, sa vie à la petite-enfance dont elle dit « qu’ils sont le premier maillon de la chaîne de la vie » et qu’en tant que tels, ils doivent recevoir le meilleur. A l’âge de la retraite, il n’était pas question de s’arrêter. En se tournant vers le service Intergénérationnel de Colombes, elle s’est lancée dans un tourbillon d’activités et a participé à tant d’évènements qu’elle-même en a certainement oubliés.

La poésie dans la peau

D’abord, l’atelier d’écriture, grâce à un ticket d’essai. Elle hésite puis se rend rue de Solférino. De toutes les écrivaines, c’est elle qui retient le regard et l’attention. Installée seule en bout de table, Agnès, son fidèle crayon noir dans une main, la gomme dans l’autre, écrit de sa fine plume des textes poétiques, mais la perfection doit être là. Alors elle gomme et réécrit. Elle enfreint les consignes de l’écriture spontanée, rebelle jusqu’au bout de la gomme. Il faut que tout soit en ordre comme dans sa tête. Il faut que ce soit beau, tout simplement.

Agnès se passionne pour la poésie et le chant. Elle participe au Printemps des poètes, chante à l’occasion de la Semaine bleue, du Festival de la voix ou encore lors de la commémoration de l’esclavage du 10 mai. Agnès est présente même où on ne l’attend pas. Il faut l’avoir vue avec les Batucadas taper sur la caïxa avec une joie de gamine qui tremperait son doigt dans un pot de confiture, elle qui n’en mange pas mais qui en fait juste pour le plaisir de ses amis.

Rien ne l’arrête. Même pas la maladie qui actuellement l’oblige à faire une pause pour mieux rebondir dès que cela sera possible. La poésie reste son second ADN. Ses textes ciselés, précis, sont un vrai bonheur pour ses lecteurs privilégiés. Elle attend le résultat du concours annuel de la RATP et écrit pour la Ruche des Arts, après avoir récemment reçu le « 1er prix à l’unanimité poésie » du concours de Gens du Monde, avec Ma chambre implantable, écrit à l’hôpital. Pour Dame Agnès « il faut voir, il faut y croire ». Et elle y croit.

Elisabeth Regenet-Capuana (la tortue à plumes)

=======

Le retour

Le temps passe, confidence pour confidence

Si la vie m’était contée, j’ai deux amours

Ma Terre natale, le lieu de ma naissance

Paris où mes deux enfants ont vu le jour

Cela vaut l’allerretour, sans en faire le dessin

Libre et fidèle, je m’envole vers le SoleilLevant

Ma Grande Ile Rouge, dans l’Océan Indien

Où j’ai grandi, le soleil était plus brûlant

Ma jeunesse était plutôt un bain de nature

Pas d’asphalte au parfum goudronné

Sentez ces épices, cannelle, vanille, l’air pur

Les mangroves, sanctuaires de biodiversité

Il n’y a pas de marées de voitures, garées en épi

Qui volent l’espace de jeux aux enfants et leurs amis

J’ai connu une centenaire géante tortue

Au milieu d’herbes sauvages non tondues

Avez-vous soif ? Venez donc vous désaltérer

Asseyez-vous sur le talus de gazon moquetté

Le lait de coco vous sera servi sur l’heure

Cocos frais, cueillis sur pied, point n’est besoin de verre

Les ananas gorgés de jus, sucrés de soleil

Rafraîchissent, étanchent la soif à merveille

Une halte sensationnelle à la station « Bienvenue »

La rivière argentée caresse, relaxe vos pieds nus

L’eau vive coule sous le pont, murmure radieux

Ainsi s’égrènent, paisibles, mes jours heureux

Voici l’alizé, vogue frêle pirogue à pagaie

Fragile embarcation, mais la vie était si gaie !

Agnès Raveloson (avril 2018)

Illustration : Pauline, atelier photo mené à la MJC-La Marine