Des yeux de Vincenza…

Des yeux de Vincenza…

Vincenza était de retour à la maison après deux ans d’absence loin du pays. Son petit frère, Ignatio, était tout excité. Il était pressé de lui faire visiter sa Maison par rapport à la maisonnette familiale qu’il partageait avec ses parents et son frère.

Vincenza était très impatiente. Un soir d’été, Ignatio l’a prise par la main pour l’emmener dans sa Maison, non loin de chez eux, au bout du stade. Jusqu’à ce soir-là, elle ignorait tout de ce bâtiment. Elle connaissait pourtant tous les confins de sa petite ville natale qu’elle n’avait cessé de parcourir en vélo avec des copines. Elle l’avait quittée à ses 18 ans après de sa première paie.

Très fier, Ignatio l’introduit dans ce lieu magique. D’un tiroir, il sort une longue lunette et l’installe dans la cour et les voilà partis tous les deux dans les étoiles. Ils ont passé un moment inoubliable avec la petite Ours, la grande Ours, la voie lactée et aussi « dans la lune » ! Leur petite ville, à la frontière du Perche et de la Beauce avait hérité d’une Maison des Jeunes et de la Culture et Vincenza qui s’était souvent ennuyée durant sa jeunesse, éprouvait un immense plaisir à constater la passion de son petit frère et à imaginer celle des autres enfants qui côtoyaient ce lieu où naissaient de nouveaux espoirs.

Au début des années 1980, lorsque Vincenza atterrit à Colombes pour la naissance de son premier enfant, quelle ne fut pas sa joie lorsqu’une de ses voisines lui annonça qu’il y avait une MJC dans le centre-ville ! Ses propres enfants, tout comme son petit frère des années auparavant, pourraient bénéficier de ce lieu magique et pourquoi pas elle, par la même occasion ! Ils allaient découvrir et choisir une des nombreuses activités parmi : théâtre, danse, photo, peinture, musique et aussi des arts martiaux… Ils allaient même y célébrer le bicentenaire de la révolution avec leur école primaire.

Vincenza attendait souvent les week-ends où les grands noms de l’époque, tels Brassens, Barbara, Léo Ferré et les autres venaient exalter les foules sur la grande scène de la MJC. Ou bien elle aimait s’inscrire à un stage de calligraphie avec Hassan Massoudi ou bien découvrir un art dont elle ignorait tout ou bien encore voir un film suivi d’un débat.

Les années ont passé… Vincenza est aujourd’hui une grand-mère, fière d’emmener ses petitsenfants à la MJC le soir à la sortie de l’école  pour les faire participer à des activités d’éveil ou juste pour qu’ils partagent des jeux ou des lectures avec d’autres enfants dans la cafétéria, une occasion de se faire de nouveaux petits copains. Elle-même participe à des projets de vidéo ou d’écriture, ce qui rend sa retraite bien animée.

…aux projets de Lisa

La MJC-Théâtre de Colombes, cette Grande Dame comme j’aime l’appeler, est une association née en 1953, puis mise en projet sous sa forme actuelle par la première femme maire de Colombes, Marcelle Devaud, qui a répondu dès 1962 au programme d’André Malraux, ministre de la culture de l’époque. Elle a traversé le temps avec une vitalité incroyable. Qui se cache derrière ce décor à présent ?

J’obtiens une réponse immédiate à cette question en feuilletant le Colombes Mag distribué dans ma boîte aux lettres. L’actuelle directrice en poste depuis bientôt un an, Lisa Einhorn, y dévoile les raisons qui l’ont amenée là. Son leitmotiv est de « redynamiser le projet associatif et donner un nouvel élan à la structure de la MJC-TC ». Eh oui cette Grande Dame mérite qu’on ne cesse de développer son potentiel avec son équipe de 50 personnes (12 permanents et une quarantaine de professeurs) et ses 2701 membres (une des plus importantes de France).

Lisa souhaite également repositionner la « MJC-TC dans une dynamique de réseaux et de coopération » avec des ateliers qui suscitent une riche ouverture culturelle en réponse à une nouvelle dynamique de territoire.  

Alors que les moyens au service de la culture sont à la baisse un peu partout, il faut espérer que tous ces efforts qui mènent à l’épanouissement de l’individu et à un rapprochement des êtres humains soient récompensés. Il faut également souhaiter que les locaux de la Maison des Jeunes et de la Culture – Théâtre de Colombes, d’une architecture moderne, reçoivent une attention particulière de restauration. De généreux donateurs seraient peut-être les bienvenus pour maintenir cette Grande Dame en parfaite santé !

Françoise Germond

Illustration : Saddam, atelier photo mené à la MJC-La Marine