Les collégiens de Paparemborde racontent Crossroad et leur rencontre avec les migrants

Les collégiens de Paparemborde racontent Crossroad et leur rencontre avec les migrants

Nous sommes allés voir l’exposition CrossRoads et Loïs Simac, un des photographes du projet, a répondu à nos questions.

Le jeudi 22 février, notre classe de 4B du collège Paparemborde s’est rendue à l’exposition CrossRoads à la médiathèque de la Marine. Pendant la visite, nous étions accompagnés de trois professeurs, d’un groupe de femmes migrantes installées en France depuis une vingtaine d’années, d’hommes venant d’arriver en France et en attente du droit d’asile ainsi que des bénévoles du Centre social qui les accompagnaient. Le photographe Loïs Simac et le journaliste Adrien Chauvin du collectif Chronos&Kairos étaient aussi présents pour répondre à nos questions.

L’exposition CrossRoads est née de la rencontre de deux photographes, Tasos Markou et Loïs Simac, en collaboration avec 12 réfugiés syriens du camp Softex et des habitants de la banlieue de Thessalonique en Grèce, pour témoigner de la crise migratoire. Ce camp de réfugiés a fermé en juillet 2017. Dans l’exposition il y avait une vingtaine de photos suspendues au mur, toutes en noir et blanc. Les photos montraient le camp de réfugiés, les habitations, la vie à l’intérieur et à l’extérieur du camp ainsi que leurs rêves. Loïs Simac est resté 10 mois au camp Softex et y a mené un atelier photographique.

Pourquoi avez-vous choisi de prendre des photos en noir et blanc ?

Loïs Simac : Je les ai prises en noir et blanc pour faire un jeu de lumière avec un appareil photo argentique.

Pourquoi n’avez-vous pas mis de titres aux photos ?

Loïs Simac : Pour ne pas orienter le visiteur et vous laisser libres d’interpréter le sens des photos.

Samy, Alexandre et Maxime

Le bénévolat, un geste gratuit, un impact gratuit

De nombreuses associations en France aident les migrants. Nous sommes allées à la rencontre des bénévoles au Centre Social et Culturel du Petit-Colombes. Ils aident les migrants à s’intégrer le mieux possible dans la société française. Pour cela, des cours de français sont organisés la semaine et des distributions alimentaires ont été mises en place. Nous avons interviewé deux bénévoles : Annie, présidente et Martine, professeure de français.

Quand sont arrivés les premiers migrants ?

Annie: Les migrants sont arrivés en juin 2015.

Quel est le but du collectif ?

Annie: Notre rôle est de donner aux personnes accompagnées de l’autonomie, des cours de français, de répondre à leurs demandes administratives, de lire leurs courriers et de les accompagner pour recevoir des soins.

Où dorment-ils ?

Martine : Ils n’ont pas de maison, ils ont juste une chambre de 7m², dans des situations très précaires, très sommaires.

Est ce que le collectif a reçu des aides de l’Etat ?

Annie : Oui, au début nous avons eu une aide du Conseil régional. Notre collectif a eu 20.000 euros à dépenser sur l’année 2016 mais ils n’ont pas été renouvelés. Par la suite, grâce aux dons des particuliers, nous avons pu acheter ce qui manquait.

Les réfugiés ont-ils une aide de l’État ?

Martine : Les demandeurs d’asile ont un pécule de 200 euros par mois.

Quelles langues utilisez-vous ?

Annie : Principalement l’anglais et l’arabe.

Le Centre Social et Culturel du Petit-Colombes n’est qu’un passage pour les réfugiés. Certains y restent 3 mois, 6 mois. Quelques-uns y vivent depuis 1 an et l’association fait en sorte de les aider et de les accompagner au mieux dans leur quotidien.

Camille, Lisa, Svetlana, Lilliana

Nous avons voulu parler du parcours migratoire de nos familles et nous intéresser à nos histoires, celle de nos parents. Nous sommes originaires de l’Algérie, du Mali, de la Tunisie et du Maroc. Nous sommes nés en France, mais ce n’est pas le cas de nos parents.

Je m’appelle Sarah, j’ai 13 ans et mes parents vivaient à Alger. Mon père voyageait entre Alger, Alicante (Espagne) et Marseille pour son travail. Après un long moment de réflexion, mes parents ont décidé de vivre à Alicante puis se sont installés à Paris. Ils ont voyagé en bateau, par ferry, Alger-Alicante, puis en avion Alicante-Paris. Mon père avait déjà un appartement sur Paris. Ils avaient eu les papiers, car mon père est né 6 mois avant l’indépendance de l’Algérie. Ils disent ne pas avoir eu de problèmes pour s’intégrer. Nous sommes repartis vivre en Algérie en 2008, à la naissance de mon petit frère, puis nous sommes revenus vivre à Colombes.

Je m’appelle Aissata, j’ai 15 ans. Mes parents vivaient à Bamako. Ils ont quitté leurs pays pour avoir une meilleure vie et se rapprocher de leurs familles. Ils ont voyagé en avion avec de l’argent économisé. Arrivés en France, ils ont dû trouver un appartement et faire une demande de papiers. Ils ont obtenu leurs papiers deux semaines plus tard et l’appartement est venu par la suite. Maintenant, ils sont heureux d’être installés en France et ne pensent pas retourner vivre à Bamako.

Je m’appelle Imane, j’ai 14 ans : mes parents viennent du Maghreb. Ma mère est née à Casablanca, au Maroc. Elle a suivi ses parents pour venir habiter en France, à Courbevoie. Elle est arrivée à l’âge de 8 ans, ce n’était pas très compliqué pour elle de s’adapter à la langue française, car elle apprenait déjà la langue dans son ancienne école.
Mon père, lui, vient d’une petite ville appelée la Chebba qui se trouve au sud de Mahdia, en Tunisie. A 17 ans il est arrivé en France, à Paris, pour obtenir un bon travail et espérer une meilleure vie. Il travaillait dans une boutique de vêtements à Barbès sur Paris. Mes parents se sont rencontrés en France.

Sarah, Imane et Aissata

Aujourd’hui de nombreux artistes travaillent sur le sujet des migrants en réalisant des films, en publiant des livres, en exposant des photos, des sculptures, en créant des pièces de théâtre… Nous allons précisément vous présenter quelques œuvres qui nous ont marqués.

La Fissure

La Fissure est un album photographique qui nous parle de l’entrée en Europe des migrants. Les auteurs, photographes et journalistes espagnols, Carlos Spottorno et Guillermo Abril, ont parcouru l’Union européenne et c’est à partir de 25000 photographies et 15 carnets de notes rapportés qu’ils ont publié La Fissure.

Dans la BD les photos ont un filtre sépia qui donne l’impression que certaines photographies sont dessinées. Les journalistes racontent une rencontre avec les Africains du Gourougou (montagne du Rif au Maroc). De la page 66 à 89 ils racontent la traversée des migrants en bateau, sur la Méditerranée où la frégate Grecale leur vient en aide. Ils les secourent et les prennent par groupe de 20 sur le canot ; lorsqu’un migrant tombe à l’eau il y a toujours un plongeur pour le sauver. Ce jour là ils ont pu sauver 218 personnes dont des bébés et des enfants, qui ont pu débarquer en Sicile. Le titre La Fissure renvoie à l’idée que l’Union européenne n’est plus protégée : ses frontières sont fissurées par les conflits des autres pays, qui entraînent l’arrivée de migrants.

La vérité sur « Rivages »

Trois semaines avant d’aller voir la pièce de théâtre « Rivages », nous avons rencontré Rachid Akbal son metteur en scène qui nous a donné un avant-goût de son spectacle.

Rachid Akbal s’est inspiré de vraies personnes : il joue le rôle de Mohsen Lihidheb un blogueur qui récupèrent les vêtements de migrants noyés : il les trouve sur la plage près de Zarzis en Tunisie. Sur scène le blogueur et la journaliste sont interprétés par Rachid Akbal et Christine Guênon. Ils échangent sur les œuvres créées par Mohsen Lihidheb à partir des affaires personnelles des migrants qu’il nomme Mamadou pour les hommes et Saloua pour les femmes. Les comédiens Mathieu Duval et Teddy Bogaert jouent le rôle de deux meilleurs amis qui tentent de quitter leur pays, pour les aider, deux hommes les conseillent. Marcel Mankita et Koumbha Kaf jouent ces rôles.

A l’Espace 89 de Villeneuve-la-Garenne (92), nous avons pu voir la pièce qui montre bien les problèmes qu’endurent les migrants et migrantes qui s’enfuient de leurs pays parce qu’il y a la guerre, des problèmes politiques…Rachid Akbal a réussi à présenter un sujet sensible de façon parfois amusante et parfois émouvante.

Là où vont nos pères

Cet album de dessin a reçu plusieurs prix dont celui du meilleur album au festival d’Angoulême en 2008 et le prix Auréalis de la meilleure nouvelle pour jeunes adultes.
Là où vont nos pères, touche surtout un public de jeunes adultes et adolescents. Cet album sans paroles parle d’un père de famille qui fuit son pays pour de meilleures conditions de vie, laissant sa femme et sa fille. Il part dans un bateau dans lequel de nombreuses personnes sont dans la même situation que lui. Il explore seul cette nouvelle société, moderne, énigmatique, mais libre.
Il subit de nombreux tests qui sont destinés à mieux orienter les migrants. Maintenant il doit tout apprendre sur cette nouvelle société et être autonome. Il loue donc une chambre, découvre des animaux qu’il ne connaissait pas, de la nourriture, une écriture, un langage dont il ignorait l’existence. Il tarde à trouver un travail, mais échoue jusqu’à ce qu’il soit employé dans une usine. Il rencontre de nombreuses personnes et découvre leur histoire. Comme lui, elles viennent de loin et cherchent la paix dans cette nouvelle société.
Lorsqu’il s’est enfin adapté à cette nouvelle vie, qu’il se sent enfin chez lui, sa famille vient à lui manquer. Il envoie donc une lettre à sa femme et sa fille pour qu’elles viennent le rejoindre. Une fois réunis, ils sont heureux dans cette nouvelle vie.

J’ai apprécié cet album, il est facilement compréhensible grâce à ses illustrations, bien qu’il n’y ait pas de dialogue. On s’attache aux personnages et on comprend leur histoire. Certaines illustrations sont tellement réalistes qu’elles font penser à des photographies.

Romane, Issra, Elisa

Le jeudi 15 février, nous avons rencontré des femmes migrantes à la médiathèque de la Marine.
Nous avons visité ensemble CrossRoads une exposition de photographies qui montre la vie dans un camp de réfugiés, en Grèce, en 2017. Juste après la visite de l’exposition, nous nous sommes retrouvés avec un groupe de dix femmes. L’ambiance était détendue, certaines étaient plus timides. Au début, nous avons posé une ou deux questions, mais très vite, elles ont raconté leur vie.

Elles se sont pour la plupart mariées très jeunes au Maghreb (14 ans pour quelques unes). Elles sont ensuite venues en France, la plupart pour rejoindre leur mari. Certaines expliquent que c’était difficile au début, car elles ne parlaient pas le français. Elles restaient toute la journée chez elles. Elles ont pris des cours de français avec des associations. Elles étaient assez âgées, mais avaient la pêche. Elles nous ont dit qu’aujourd’hui parler français était plus facile, mais qu’au début elles n’avaient pas forcément tout le vocabulaire et avaient un fort accent. Mais c’est normal quand on vient d’un autre pays, on a toujours un accent. Pour nous c’était comme des grand-mères, elles étaient gentilles, mais strictes.

Malik et Ayman

En cours de géographie nous avons étudié le parcours des migrants aujourd’hui. Nous, on va vous raconter l’histoire et le parcours de nos parents arrivés de Tunisie et de Guinée. Nos pères sont tous les deux venus en France dans les années 2000 pour trouver une vie meilleure et un bon travail.

Ils ont tous les deux mis du temps pour avoir les papiers nécessaires pour venir. Après quelques semaines d’attente, ils ont pu partir en France, légalement, en avion, contrairement à la plupart des migrants dont nous avons étudié le parcours en cours. Aujourd’hui, les migrants arrivent dans des conditions très difficiles. Comme ils n’ont pas les papiers nécessaires, ils doivent payer beaucoup, environ 6000$, pour un groupe de 5 personnes. Pour arriver à destination, ils doivent prendre plusieurs chemins, avec différents moyens de transport : à pied, en bus, en train et pour quelques personnes, en avion. Certains viennent sur des petites embarcations où des sortes de « mafias » prennent l’argent et les laissent à la mer. Beaucoup meurent ou se font arrêter aux frontières par la police qui les renvoie chez eux.

Contrairement aux femmes que nous avons rencontrées pendant l’exposition CrossRoads, la mère d’Iman, elle, est venue avant d’être mariée. C’est quand il est arrivé en France que le père d’Iman l’a rencontrée. Ils ont décidé de se mettre ensemble alors que les parents de Rami étaient déjà mariés. Au début, c’était difficile de trouver un bon logement, mais ils ont pu obtenir un meilleur travail, gagner de l’argent et avoir des enfants. Maintenant ils peuvent retourner dans leur pays d’origine. Ils peuvent voir leur famille quand ils veulent.

Rami et Iman

Le 15 février 2018, nous avons visité l’exposition CrossRoads à la médiathèque de la Marine. Après la visite, notre classe s’est séparée en deux groupes.
Pendant que l’autre groupe est allé rencontrer des femmes venant du Maghreb, nous sommes allés à la rencontre d’un groupe d’hommes récemment arrivés en France.
Ce groupe était constitué de trois migrants soudanais et d’un migrant afghan. Ils avaient tous quitté leur pays pour la même raison : la guerre.

Actuellement, ils attendent tous une réponse de l’OFPRA (l’Organisation Française de Protection des Réfugiés et Apatrides) suite à une demande d’asile qu’ils ont déposée. Selon les statistiques, les migrants Afghans ont 80,9% de chance d’obtenir l’asile contre 42,3% de chance côté Soudanais (source : Infos Migrants). L’asile leur permettrait de pouvoir travailler légalement sur le sol français.

Dans leur pays, la plupart vivait de l’agriculture ou du commerce. Pendant leur voyage, certains ont été battus, comme l’Afghan malmené par la police hongroise, qui lui a cassé son téléphone. Un des Soudanais nous a raconté qu’il avait été pris en otage en Libye. Les ravisseurs ont appelé sa famille pour obtenir une rançon contre sa libération. Il a été libéré, mais beaucoup de ses compagnons ont été tués.

La plupart d’entre eux ont peu ou aucun contact avec leur famille. Ils sont nombreux à avoir quitté un pays qu’ils aiment, à la recherche d’un Eldorado qui n’en est pas vraiment un.

César, Aryles, Mory

Moi Inès, je vais vous parler de l’affiche de l’exposition Crossroads car elle m’a marquée. Du coup, j’ai décidé de vous en parler.


Sur l’affiche, la photo choisie est en noir et blanc et les couleurs vont du plus clair au plus foncé. Sur l’image on peut voir plusieurs personnes, mais juste leur corps : leur tête est coupée sur l’affiche. Le centre de l’affiche est un plan sur leur reflet dans une flaque d’eau. Cela peut nous faire penser qu’ils sont peut-être déjà partis pour une autre destination ou peut-être morts. Mais cette photo nous montre aussi que les personnes migrent vers d’autres pays. Il y a peut-être des enfants, des adultes ou même des personnes âgées. L’ambiance de cette image est triste car ils quittent leurs proches pour une nouvelle vie. L’endroit où la photo a été prise nous laisse penser qu’ils partent peut-être en camion, car il y a du sable, des champs. Ils sont tous l’un derrière l’autre et suivent le même chemin alors qu’ils viennent de pays différents. L’expression que l’image nous montre est assez triste, car ils quittent leur pays pour une nouvelle vie.

Inès